Cinéma / Critiques de films

The Revenant, ma douleur

Oui je sais, un peu tardive cette critique du film The Revenant. Il y a un mois qu’il est sorti, quasiment jour pour jour. En fait, j’avais pas vraiment l’intention d’en écrire une pour être honnête. Mais on continue à se déplacer pour le voir et moi, je continue d’entendre les mêmes phrases assassines  qu’on se refile sans réfléchir, et parfois sans même s’être déplacé au cinéma. En voici quelques exemples…

The-Revenant

  1. “Ah mais en fait il se passe rien dans le film, on se fait chier !” Alors oui, qu’on se le dise, ce n’est pas un film grand public d’1h40. Il n’y a pas de villas sous le soleil de Miami, pas de beach bodies en bikinis, pas de courses poursuites de grosses bagnoles, ni de braquage à l’Européenne. Non, dans ce film, c’est juste de la survie d’un homme dont il s’agit. Un homme à la soif de vengeance, confronté à la nature, aux éléments et à sa propre condition humaine : il lui faut bouffer, boire, mais surtout survivre face aux nombreux dangers. D’aucuns diront qu’une attaque d’ours, c’est pas très sexy et qu’au final, on s’en fout. Mais c’est justement cela qui rend l’atmosphère du film extrêmement tendue: dans un environnement hostile (avec vent, neige, tempêtes et froid extrême), l’homme est sans cesse ramené à la survie, à l’urgence. Son désir de vengeance a beau le maintenir psychologiquement et lui donner une raison d’avancer, il n’a aucune défense et c’est la peau de l’ours qui l’a attaqué qui lui permet d’avoir chaud. L’homme retourne à un stade primaire, un stade où il n’est plus rien… Alors il ne se passe peut-être rien d’aussi folichon qu’une explosion, mais c’est bien la première fois qu’un film américain met autant l’accent sur l’influence du psychologique que sur l’importance du corps… pour peu qu’on se donne la peine de chercher…
  2. “Franchement, Léonardo Dicaprio, il mérite même pas son Oscar… Il dit rien pendant tout le film !” Oui, je vais pas le cacher, celle là, elle m’agace. Depuis quand une performance silencieuse nous dérange ? Les silences au cinéma, c’est l’occasion pour l’acteur de jouer plus en finesse, de ne rien expliquer. De ne pas coller une émotion ou une humeur sur une réplique. Il faut jouer les sous-entendus, les nuances, juste avec le visage et de manière claire et précise pour que tout le monde comprenne. Sur ce point, Dicaprio mérite son Oscar autant que les autres lauréats par le passé. Là où le bas blesse, c’est qu’il aurait du le recevoir depuis longtemps, pour Shutter Island par exemple, ou peut-être même dès le début de sa carrière, bien avant Titanic, pour Gilbert Grape ou encore Basketball Diaries…
  3. “Pff en plus le méchant du film, il est tout pourri !” Le méchant, c’est Fitzgerald, incarné par Tom Hardy. Et Fitzgerald, c’est un menteur, un manipulateur en proie à une haine intense pour les indiens. Ah oui et j’oubliais: c’est un assassin compulsif. Il tue Hawk, le fils de Hugh Glass, mais il laisse également Glass pour mort dans la forêt. Alors se contenter de l’appeler un “méchant”, c’est un petit peu réducteur. Les méchants, c’est ceux qui font quelque chose de mal, qui le savent et qui s’en amusent parce qu’ils renversent un système. En fait, les méchants font de la provocation pour se faire bander. Les psychopathes, eux, ont le tournis de leur propre obsession et c’est ce qui les rends dangereux, à la limite de devenir fous. En cela, Fitzgerald est l’essence même du mal, celui qu’on pourrait croiser dans la vraie vie. Dans le contexte historique des premières colonies américaines, ce film nous rappelle donc également que, pour des indiens présentés comme des sauvages, les mêmes sauvages existaient dans le camp adverse…

Et j’en passe. Celle que j’ai le plus entendue et qui gagne la palme (et de loin), c’est : “On me l’avait vendu comme le film de l’année, bah c’est pas le cas hein !” Et bien non, ce film n’a pas été vendu comme “le film de l’année”, mais comme le film de l’année pour Dicaprio (et les Oscars, évidemment). D’ailleurs, The Revenant n’a pas été sacré meilleur film, puisque c’est le très réussi Spotlight qui a décroché le titre. Pourtant, les prouesses techniques d’Alejandro Gonzalez Innaritù sont maintenant bien connues, et d’autant plus depuis sa consécration avec Birdman l’année dernière. Pour The Revenant, les nombreux plans séquences préférés du réalisateur donnent la sensation d’être complètement happé par le film, et l’angle de la caméra (légèrement incliné pour une vision en contre-bas) nous fait vivre cette expérience de l’intérieur, au plus près des personnages et du calvaire de Glass. Car pour moi, The Revenant a été une réelle expérience plus qu’un divertissement. Malheureusement pour Innaritù, j’entends peu de gens le dire, ça. Bof, il a du se consoler, un verre de vin dans une main et son deuxième Oscar dans l’autre…

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s