Cinéma / Critiques de films / General

Jamais deux sans trois

Camping3Visiteurs3

Crédits photo : allociné

On ne sait pas faire des suites en France. On ne sait pas non plus faire des trilogies.

Au Etats-Unis, le premier film sert de mise en place de l’univers, de présentation des personnages et des principales problématiques. S’il marche, alors on peut quasiment être sûrs que les deux suivants sont en route. A partir de là, les scénaristes cherchent une intrigue principale (c’est-à-dire qu’elle sera commune aux deux films et se résoudra dans le dernier – voir Pirates des Caraïbes 2 et 3) et des intrigues secondaires (focalisées sur un seul personnage ou plusieurs), tout en reprenant des effets, des gags et/ou des spécificités qui avaient bien marché dans le premier film. Bien sûr, il existe également des trilogies où chaque histoire est indépendante des autres. C’est, par exemple, le cas de Pitch Perfect, où le concept du premier volet est entièrement repris dans le deuxième (nouvelle compète, nouvelle recrue, nouveaux crêpages de chignons et amitiés renforcées dans la galère), mais la barre un poil plus haute.

Donc, je répète : ça, on sait pas faire en France. Oui, je suis allée voir Les Visiteurs 3 et Camping 3. Oui, j’ai été déçue. Et en colère. Oui, je vais arrêter de me faire pigeonner et de me dire que peut-être il y a un espoir qu’une nouvelle suite soit bonne.

Je commence par Les Visiteurs 3 : ils tenaient là un super sujet avec « La Révolution », autrement dit notre héritage historique leur donnait les clés du succès. Au lieu de ça, ils ont pris les Visiteurs au sens propre du terme : les deux compères « visitent » leurs familles et rencontrent leurs descendances, un camp à la fois (les nobles, puis les insurgés), avant de se dire que, décidément, ils sont mieux chez eux, à leur époque. Résultats des courses : on se retrouve face à des situations ridicules, exagérées, surjouées. Tous les évènements sont pris au second degré, bien que les personnages traversent de véritables crises (perte de biens personnels, fuite, accusations, menaces de mort…). Or, on tombe presque dans la caricature. En cela, on s’éloigne considérablement du premier volet de la saga : Godefroy doit sauver sa descendance, sa vie en dépend, on est dans une vraie situation d’urgence, prise au premier degré. Ce qui n’empêchait pas le film d’être une comédie, et de rester une des meilleures aujourd’hui.

7782429862_camping-3Le premier Camping était simple, ça partait d’un bon sentiment : Frank Dubosc, marqué par ses années de camping, a simplement souhaité faire partager des bouts de ses belles expériences. Sans attendre le succès. Juste pour le plaisir et rendre hommage à des personnages attachants. Les deux épisodes suivants sont tout le contraire pour moi. Oui, on retrouve – à peu près – l’esprit de Camping, mais il n’y a pas vraiment d’histoire. Chaque personnage a une intrigue, un problème, mais rien qui ne les lie tous ensemble (à contrario du personnage de Gérard Lanvin dans le premier film). Dans Camping 2, la fermeture du camping menace, mais l’idée n’est réellement exploitée qu’à partir de la dernière demi-heure. Dommage. Trop dommage. Quand à Camping 3, impossible de faire un résumé digne de ce nom sans évoquer tous les personnages un par un. La première moitié du film ressemble à s’y méprendre à l’histoire du premier volet (Patrick recueille un groupe de jeunes sous sa tente, comme il l’avait fait pour Mr St-Joss l’esthéticien et sa fille), tandis que la deuxième moitié se noie dans un flot de gags sans rapport, comme si personne ne savait quelle direction faire prendre au scénario… Pourtant il me semble qu’on peut trouver de beaux sujets (la paternité, la fraternité du camping, l’amitié…) et de nombreux moyens de faire évoluer les personnages.

J’ai l’impression que le cinéma français tourne dans une spirale infernale en ce moment. Comme si on avait besoin de notre héritage cinématographique pour recycler les « vieux » phénomènes, mais qu’à la fois on les craignait. Pour attirer un maximum de spectateurs, on surfe sur la vague de leur succès passé, ce qui place automatiquement la barre très haute. On cherche tellement à garder l’esprit du film ou de la saga déjà existante que malheureusement, on se vautre dedans. On tire sur la corde, on ouvre le ventre de la poule aux œufs d’or s’il le faut, bien que cela ne soit pas toujours nécessaire. Je crois que le cinéma français manque de nouveauté, de fraîcheur. Peut-être même de prises de risque. Dommage. Parce que même en temps de crise, les bons sujets (et les bons auteurs), c’est pas ça qui manque. Y’a qu’à se baisser…

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